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Archives Belles histoires Octobre 2020

Carole, l’infirmière qui réconcilie cancer et sexualité

Carole Chaghouri est infirmière coordinatrice en cancérologie et sophrologue. À l’Hôpital privé Marcel Sembat (Boulogne-Billancourt, Île-de-France), elle intervient depuis plusieurs années auprès des patients touchés par le cancer pour les aider à lever les tabous sur la vie intime et reprendre confiance en eux.

En quoi consiste votre métier ?

Carole Chaghouri : Mes missions sont multiples. Je reçois les patients à qui on a diagnostiqué un cancer pour la consultation d’annonce prévue par le Plan Cancer. Ce dispositif permet aux soignants d’expliquer la pathologie et les différentes modalités de la prise en charge ainsi que de créer un lien durable avec le patient. Je suis aussi sophrologue et hypnothérapeute. C’est ce qui me permet de mettre en place des parcours de soins psychologiques et corporels.

Comment avez-vous construit votre parcours ?

C.C : Au début, je souhaitais être médecin. Libanaise d’origine, j’ai commencé mes études supérieures pendant la guerre civile. À cette époque, c’était difficile de finir son cursus. J’ai réussi à intégrer une école d’infirmiers française et suis venue exercer en France ! Plus tard, après avoir eu mes enfants, j’ai traversé une période de flou. Je me cherchais professionnellement, je souhaitais insuffler du renouveau à ma carrière. J’ai entamé une formation de sophrologie et je m’y suis complètement épanouie ! Cela m’a donné une nouvelle impulsion et a amorcé un tournant dans ma carrière.

Une partie de votre rôle consiste à effectuer un suivi sur la sexualité des patients en oncologie… 

C.C : En effet, c’est une partie importante de mon travail. Dès la consultation d’annonce, j’aborde le sujet de la sexualité avec les patients, quel que soit leur âge. Il est primordial d’évoquer la vie intime. Il faut éviter d’en faire un sujet tabou pour le patient et son conjoint. Mon rôle est de démontrer qu’au-delà de la chirurgie et des traitements, le rapport au corps et à la sexualité doit être pris en compte. En effet, les traitements contre le cancer modifient le schéma corporel : ils provoquent perte de cheveux, vomissements, fatigue… Les sensations sont altérées, ce qui agit sur le désir. Avec certains patients, je sens qu’il est délicat d’aller plus loin dans la discussion, mais je laisse la porte ouverte. Tous savent qu’ils peuvent venir m’en parler quand ils veulent, même après plusieurs mois. Quoi qu’il arrive, les patients ont toujours un peu plus le sourire en sortant de consultation qu’en rentrant… C’est ma petite victoire ! Quand on est malade, les consultations de sexologie aident réellement à prendre conscience de l’importance des gestes tendres qui viennent raviver l’estime de soi et la confiance. Cela nourrit également la volonté de vivre et de guérir.

Y-a-t-il un patient qui vous a marquée ?

C.C : Récemment, l’une de mes patients, une femme de 30 ans a décidé d’aborder le sujet au cours de la dernière séance que nous avions ensemble.  Elle m’a expliqué qu’en dépit de la bienveillance de son compagnon, elle n’osait pas évoquer avec lui leur intimité. Souvent, elle était submergée par la fatigue et mettait totalement cet aspect de leur vie de couple de côté. Dans ces situations, il faut se donner le droit d’être écouté, de s’exprimer, et donner les clés à son compagnon pour aborder la situation. Je veux aussi porter un message d’espoir… Il est toujours possible de trouver des solutions. Et il est important que le corps, agressé par la maladie et les traitements, puisse de nouveau être valorisé pour pouvoir mieux guérir. La tendresse, l’intimité, l’amour sont aussi de bons médicaments !

 

 

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